Pour ne pas perdre sa vie à la gagner !
Autant vous le dire tout de suite, ce titre que je trouve fabuleux n’est pas de moi ! J’aurais tellement aimé y penser moi-même que je permets de l’utiliser, mais c’est en fait le sous-titre d’un livre coécrit par Annie THEBAUD-MONY, Philippe DAVEZIES, Laurent VOGEL,... Lire la suite...
Le député, le salarié, le chef d'entreprise et les justificatifs de dépense !
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Communiquer, une nouveauté pour les avocats !
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Ma-Webassistante.com a fait son lifting de printemps !
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Ces dépenses à la fois inutiles et obligatoires !
Aujourd’hui (ça fait longtemps), je vais pousser un petit coup de gueule contre ces dépenses inutiles que les entreprises (enfin, mon entreprise en tout cas) doivent engager sur des obligations légales. Je suis en entreprise individuelle, je n’ai pas de local puisque je travaille depuis mon... Lire la suite...
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Lun14Aoû2017

Sommaire de cet article

Autant vous le dire tout de suite, ce titre que je trouve fabuleux n’est pas de moi ! J’aurais tellement aimé y penser moi-même que je permets de l’utiliser, mais c’est en fait le sous-titre d’un livre coécrit par Annie THEBAUD-MONY, Philippe DAVEZIES, Laurent VOGEL, Serge VOLKOFF intitulé Les risques du travail, disponible aux éditions La Découverte.

Cela dit, il est parfait puisque c’est le sujet dont je voulais vous parler aujourd’hui. Mon travail m’amène régulièrement à travailler sur le sujet de la santé au travail. J’ai donc appris qu’il existait un certain nombre de scandales sanitaires dans le domaine, scandales qui ne sont pas portés à la connaissance du grand public malgré de nombreux salariés malades ou décédés, contaminés par des produits qu’ils utilisent dans le cadre de leur travail. Et ça se passe en France !


Le premier scandale de l’amiante, les Amisol !

L’amiante est un minéral fibreux connu pour sa résistance à la chaleur et au feu très utilisé en France dans à peu près tous les domaines et devenu un énorme scandale sanitaire bien que ses dangers soient connus depuis 1906 lorsque Denis AURIBAULT, inspecteur du travail à Caen, dénonce une forte mortalité des ouvriers qui travaillent dans le tissage de l’amiante.

C’est au campus de Jussieu avec Henri Pézerat, toxicologue exerçant sur le site, que l’affaire démarre. Henri Pézerat démontrera la toxicité de la fibre invisible et passera sa vie à se battre, avec bien d’autres, pour obtenir son interdiction.

Parmi les autres, se trouvaient les ouvrières d’Amisol à Clermont-Ferrand. Dans cette usine ouverte en 1901, les « Amisol », comme elles s’appellent elles-mêmes, fabriquaient des matelas, des tresses et des bourrelets à base d’amiante.

En 1974, la direction décide de fermer l’usine et la revendication portera tout d’abord sur la sauvegarde de l’emploi. En 1976, elles rencontrent Henri Pézerat qui les informe sur les risques liés à l’amiante, ce que la direction d’Amisol avait « oublié » de faire ! Pourtant le tableau de maladies professionnelles date de 1945, le premier lien entre l’amiante et le mésothéliome date de 1960 et l’amiante est classé cancérogène par le CIRC en 1973 !

Dès lors, leur combat portera sur leurs conditions de travail ! Les photographies que l’on peut trouver de l’intérieur des ateliers de l’usine sont édifiantes : tas d’amiante à l’air libre, manipulation de l’amiante à la fourche, visibilité réduite à trois mètres dans l’usine ! Bref, des conditions qu’on pense aujourd’hui inimaginables (vous verrez plus loin que ce n’est pas tout à fait le cas…).

Elles seront le fer de lance de la bataille pour l’interdiction de l’amiante qui aboutira vingt ans après le début de leur combat, en 1997, à l’interdiction de l’amiante alors que l’INSERM avait alerté l’année d’avant sur l’ampleur de la catastrophe en annonçant le risque d’avoir 100 000 morts d’ici 2025.

Pour en savoir plus :

La fiche Wikipedia d'Amisol

L'historique de l'action des "Amisol"

Le rapport du Sénat


L’amiante toujours à Aulnay-sous-Bois

Toujours l’amiante ! L’INSERM a prévenu que nous aurions du mal à nous en sortir ! En 1937 est créée à Aulnay-sous-Bois une usine de broyage d’amiante à 50 mètres de l’école du bourg, malgré les protestations des riverains. L’usine promet une exploitation sans nuisance et un arrêté préfectoral, qui ne sera jamais respecté, prévoyait une étanchéité de l’usine. L’usine broiera de l’amiante jusqu’en 1989, date à partir de laquelle elle ne produirait plus que du Zircon jusqu’à sa fermeture en 1991.

En 1995, Pierre LEONARD, riverain déclenche un mésothéliome – la maladie de l’amiante avec les plaques pleurales. Il décédera l’année suivante. En faisant des recherches, la famille découvre l’existence de cette usine que tout le monde avait plus ou moins oubliée. La famille portera plainte en 1997, alertera le Ministère de la Santé en 1998 et, esseulée, fera elle-même, pendant cinq ans, les recherches nécessaires dans les différentes archives.

En 2000, la famille organise une première réunion publique. Elle distribuera 4 000 invitations et réussira à réunir plus de 100 personnes parmi lesquelles seront découverts les premiers malades d’Aulnay-sous-Bois. Ce sera l’occasion d’un grand mouvement citoyen organisé entre les associations et les collectifs. L’année suivante, ces associations seront reçues à la préfecture pour discuter du démantèlement de cette usine.

Entre 2009 et 2013, l’usine est démantelée, les bâtiments dépollués et déconstruits selon les règles de l’art, c’est-à-dire sous confinement étanche. Trente centimètres de terre sont enlevés et une dalle de béton armé recouvre maintenant l’ensemble du site.

L’essentiel étant fait pour limiter les contaminations, le GISCOP (groupement d’intérêt scientifique) s’attaque à la recherche des riverains et anciens riverains pour les prévenir de ce qui se passe (beaucoup ont déménagé) et assurer un suivi post-exposition. Tous les jours, le GISCOP découvre de nouveaux riverains et leur assure un suivi spécifique.

Pour en savoir plus :

L'histoire racontée par Ban Asbestos

L'étude de l'InVS

Le rapport du Sénat sur l'amiante


Le recyclage de nos tubes cathodiques à Montluçon

L’histoire aurait pu être belle. Il s’agissait d’aider des personnes en difficulté en leur proposant des contrats d’insertion pour recycler du vieux matériel électroménager. Dans le beau monde des Bisounours, nous aurions eu une entreprise qui dépolluait nos vieux déchets tout en offrant à des gens qui cumulaient des années de RSA et de galère un retour durable à l’emploi. Oui, mais comme nous ne vivons pas dans le monde Bisounours, la belle histoire a tourné au cauchemar.

Quand on vous parle de recyclage, vous imaginez un démontage précautionneux de toutes les pièces qui sont mises dans différents bacs en fonction de ce qu’elles contiennent et de ce qu’on peut en faire. Oui, ben non, ce n’est pas ça du tout ! En fait, vous prenez un énorme broyeur, vous balancez tout dedans et au final, ça vous fait des sacs et des sacs de grosse poussière !

Alors bien sûr, cette satanée poussière est rebelle et ne va pas toujours dans les sacs. Bien souvent elle stagne dans l’air, un peu comme si vous étiez dans une purée de pois irrespirable ! Elle est inhalée par les salariés, elle s’envole et va se déposer un peu partout aux alentours sur les jardins et dans les maisons des riverains qui ont le malheur d’être sous le vent !

Et en plus, sachez que dans nos vieux machins électroménagers, il y a plein de produits dangereux qu’il vaut mieux ne pas trop respirer et/ou toucher : plomb, baryum, antimoine, et bien d’autres ! C’est l’effet cocktail et après plusieurs années de latence vous aurez le choix entre des problèmes rénaux, des cancers, des maladies neurologiques et plein d’autres joyeusetés.

C’est ce qu’on appelle la polyexposition, c’est-à-dire l’exposition à plusieurs produits toxiques simultanément ou successivement. Le problème, c’est que la science ne sait pas encore ce qui se passe quand on mélange les expositions à ces différentes substances !

Grâce aux différents combats militants et syndicaux, les choses se sont améliorées : des systèmes de ventilation auraient finalement été mis en place et les salariés seraient pourvus d’équipements de protection individuels (mais pourquoi avoir attendu ? #Spoil : Parce que ça coûte de l’argent !) Malgré tout, les divers syndicats et collectifs suivent avec attention ce qui se passe dans cette usine !

Pour en savoir plus :

L'article de Bastamag sur le cas Environnement Recylcing

Le cas Environnement Recycling évoqué lors de l'assemblée générale de l'Association Henri Pézerat


La fabrication de la vitamine A chez Adisseo

Adisseo, à Commentry dans l’Allier, est une usine spécialisée dans la nutrition animale. Dès le début des années 80, cette usine met au point procédé de fabrication de la vitamine A moins cher et plus rentable que ses concurrents et qui utilise un élément dénommé le chloracétal C5. Ne me demandez pas trop ce que c’est et comment ça marche, toujours est-il que ça permet de synthétiser la vitamine plus vite et moins cher que les petits copains sur le même marché !

Inquiets des répercussions que pouvait avoir ce fameux chloracétal sur les salariés, le CHSCT et la médecine du travail ne cessent de demander des études toxicologiques, dans un premier temps refusées pas la direction. À force d’insistance, une première étude toxicologique met en évidence, en 1991, les propriétés mutagènes du C5.

À partir de 1992, une surveillance des salariés est mise en place et débouche, en 1994, sur la découverte d’un premier cancer du rein. En 2017, l’Association des Malades de la Chimie a recensé 43 cancers du rein ayant entraîné 13 décès et 3 oncocytomes (des précancers).

Le chloracétal C5 n’étant pas inscrit sur les tableaux des maladies professionnelles, la reconnaissance en maladie professionnelle de ces salariés est un combat compliqué que mène l’Association des Malades de la Chimie.

Si les salariés de l’entreprise bénéficient d’un suivi médical relativement efficace – qui ne les empêche pas de tomber malades, mais permet de détecter la maladie relativement tôt – tous les salariés des entreprises sous-traitantes (entretien, maintenance, et cætera) qui sont passés dans l’atelier de fabrication de la vitamine A ne sont ni identifiés ni suivis.

Chez Adisseo, il y a eu d’autres types d’expositions : amiante (55 malades jusqu’à présent), chlorure de vinyle (un angiosarcome du foie, maladie typique du chlorure de vinyle)…

Pour en savoir plus :

L'article de d'Olivier Pierraz sur son blog Médiapart

L'assemblée générale de l'Association des Malades de la Chimie

Le résumé de cette lutte sur le site de l'Association Henri Pézerat


Les morts de la guerre froide à l’île Longue

La dissuasion nucléaire, c’est ce qui nous aurait tous protégés de mourir dans les atroces souffrances d’une guerre ouverte pendant la guerre froide. Tous ? Sauf les ouvriers de l’île Longue chargés de monter les armes nucléaires, d’en assurer la maintenance et de les mettre en place dans les sous-marins – parfois à propulsion nucléaire – qui faisaient escale à Brest !

Longtemps, on les a assurés que ces ogives n’irradiaient « pas plus que le granit breton ». Ils cassaient la croûte, dans leur atelier nommé « la nef », assis entre deux ogives nucléaires, certains d’être en sécurité puisqu’on le leur avait certifié !

Mais en 1996, ils apprennent qu’en fait, les ogives rayonnent un peu plus que le granit breton ! Alors le chantier naval est arrêté pendant trois semaines et le personnel est formé et équipé de dosimètres. Notons que le dosimètre n’empêche pas d’être irradié, c’est juste que vous savez combien de millisieverts vous prenez !

À ce moment-là, un rapport a été établi par un contre-amiral venu à l’île Longue pour se rendre compte des conditions de travail de ces ouvriers. Mais le rapport a été classifié comme contenant des informations sur des armes toujours en service dans notre marine. Sa déclassification n’est toujours pas à l’ordre du jour.

Puis, peu à peu, les anciens de ces ateliers tombent malades : cancers, cataractes, leucémies… Une bataille judiciaire s’engage alors pour la reconnaissance en maladie professionnelle et sur la faute inexcusable de l’employeur qui aurait dû mettre en place des procédures de surveillance, des formations et des équipements de protection.

Mais ce que vous ne savez certainement pas, c’est qu’en fonction de qui vous êtes et de votre métier, les doses acceptables de rayonnements ionisants ne sont pas les mêmes : 1 millisievert par an si vous êtes un pékin lambda. Mais le jour où le pékin se met à travailler sur des armes nucléaires en tant que pyrotechnicien, il peut aller jusqu’à 6 millisieverts par an, voire 18 millisieverts par an s’il travaille dans une centrale nucléaire EDF ! On finirait presque par croire qu’une fiche de paie EDF immunise contre les rayonnements ionisants !

Et puis, les rayonnements ionisants, on sait ce que fait à forte dose : ça détruit les cellules ! Aucun doute là-dessus, on ne peut pas nous le cacher, nous avons vu les dégâts des bombes larguées sur le Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Par contre, difficile de prédire l’effet de faibles doses, car ils arrivent bien après l’exposition. Du côté de l’employeur, on explique que les faibles doses ne sont pas responsables des maladies dont il est question. Mais certains scientifiques expliquent que ce n’est pas la dose qui fait le poison.

En attendant, les salariés de la dissuasion nucléaire meurent !

Pour en savoir plus :

Le résumé de la lutte selon l'Association Henri Pézerat

L'histoire racontée sur Bastamag

Les essais nucléaires également en cause, toujours sur Bastamag


Les lignards et les rayonnements ionisants (oui, encore !)

L’affaire démarre en 2006 lorsque la GCT alerte sur un nombre anormalement élevé de cancers chez les agents de France Télécom et de La Poste du site de Riom-ès-Montagne. Le site sera visité plusieurs fois sans qu’on ne trouve rien d’inquiétant jusqu’à ce que, en 2008, on retrouve 12 000 parafoudres dans un carton sur le site de Moulins. Jusque-là, la direction disait que ces parafoudres n’existaient plus que dans les musées !

En effet, dans les années 60 et 70, toutes les lignes de feu France Télécom ont été équipées de parafoudres contenant des éléments radioactifs, constitués d’une électrode entourée d’un gaz radioactif (radium 226 ou tritium). Ça fait quarante ans que ces parafoudres ne sont plus autorisés puisque d’autres procédés sans élément radioactif sont aujourd’hui disponibles sur le marché. Malgré cette interdiction, un million de ces parafoudres serait encore en place.

L’année suivante, une expertise est diligentée par le CHSCT. La société SECAFI demande l’aide du GISCOP 93 pour retracer le parcours professionnel des salariés vivant sur le site de Riom-ès-Montagne. En 2010, la CRIIRAD confirme que les fameux parafoudres émettent des rayonnements ionisants, pour certains fortement. Les membres du CHSCT recherchent alors les fameux parafoudres et en trouvent sur toutes les lignes du département. L’inspection du travail met en demeure France Télécom de tous les enlever.

Alors les lignards – chargés de la maintenance des milliers de kilomètres de câbles qui nous permettent de téléphoner – commencent à recenser ces parafoudres et à les remplacer.

En 2009, les premiers parafoudres ont été récupérés par l’Andra, mais elle n’a pas les moyens de les recycler ! Et attendant de savoir quoi en faire, ces parafoudres sont stockés dans des bidons.

En 2016, les équipes syndicales et le CHSCT ont demandé une étude à la CRIIRAD qui découvre que du tritium est présent dans l’eau au fond des bidons contenant les fameux parafoudres, mais également dans un bidon qui se trouvait à côté, vide de parafoudres, ce qui tendrait à prouver que les bidons rayonnent également. Les parafoudres au radium sont aux aussi stockés dans des bidons identiques. L’air de ces bidons contient du radon.

La CRIIRAD émet alors une liste de recommandations pour la manipulation de ces parafoudres (gants, containers étanches, locaux ventilés, dosimètres, et cætera).

La dépose de ces parafoudres continue et les salariés continuent de développer des cancers !

Pour en savoir plus :

La lutte racontée par l'Association Henri Pézerat

Le rapport de la CRIIRAD

L'histoire racontée dans Sciences et Avenir